A l’intérieur des Centres de Rétention Administrative : troublante proximité !
09 AVRIL 2026 | Entre arbitraire policier et gestion privée
Que se cache-t-il derrière les murs de ces centres, dits de rétention administrative, des lieux loin de tout débat public ? Comment sont-ils gérés et attribués au moins-disant des marchés publics ? Les employé.es -agentes d’accueil-, sont-ils aussi invisibilisé.es que les retenus ? Et peut-être même ont-ils des points en commun ? Tous soumis, à des degrés divers, à une violence plus ou moins institutionnalisée. Interdit aux journalistes et aux chercheurs, la sociologue Louise Tassin est parvenue à en pousser les portes, allant de surprise en surprise !

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“La proximité sociale entre les prestataires privés et les étrangers enfermés s’accroît à mesure que l’on descend dans les niveaux de sous-traitance.”
Louise Tassin est sociologue, post doctorante au Centre européen de sociologie et de science politique (université Paris-I-Panthéon-Sorbonne/CNRS), affiliée au Centre d’études de l’emploi et du travail (Cnam) et membre de l’Institut Convergences Migrations. Ses travaux portent sur le contrôle migratoire en Europe, le travail subalterne et la sous-traitance de l’action publique.
Elle publie, aux éditions La découverte, une enquête de terrain inédite, Comme on les enferme, dans les centres de rétention de Paris à Lampedusa.
Cette enquête met en évidence le système qui régit le fonctionnement, pour le moins arbitraire, des CRA (Centre de Rétention Administrative). La puissance publique en a confié la gestion, au moindre coût, à des acteurs privés. Les personnels de ces entreprises sous-traitantes sont eux.elles aussi des laisser pour compte du capitalisme, taillables et corvéables à merci. Leur profil est étonnamment proche de celui des « retenus ».
“Dans cet établissement quasi carcéral où les déplacements sont strictement contrôlés, cet accès à la zone fermée leur offre une position singulière : les prestataires disposent d’un droit dont les autres professionnels, pourtant plus reconnus et établis, sont quant à eux privés.”.
A l’arbitraire s’ajoute le paradoxe : ces employé.es, au statut précaire, sont indispensables pour gérer le quotidien des retenus et sont aussi la nécessaire interface avec l’administration pénitentiaire !
“[…] les prestataires relèvent ainsi d’une frange du marché du travail marquée par la pénibilité et le manque de reconnaissance : celle des “classes populaires du tertiaires” où les femmes, les immigré.es et les employé.es de service sont surreprésenté.es.”
Louise Tassin livre un travail inédit et formidablement documenté sur ces “institutions honteuses de la République”* que sont les CRA (Centre de Rétention Administrative). Elle a pu pénétrer « dans la cage » comme les retenus nomment le lieu de leur rétention.
Terrain Social, aujourd’hui, lève le voile sur le point aveugle de nos politiques migratoires : les centres de rétention administrative.
Entretien par Hugues Chevarin
* Dans les centres de rétention administrative, l’étonnante proximité des travailleurs et des retenus – Le Monde – 06 mars 2026
Sites recommandés par Terrain Social :
- CGLPL – Contrôleur Général des Lieux de Privation de Liberté
- La Cimade
- InfoMigrants
