La radioEn direct

Du technofascisme à la démocratie technique : parcours de luttes !

08 OCTOBRE 2026

Quelle époque ! La technologie y est omniprésente ! Et les technologues, pour certains véritables techno fascistes, oscillent entre la promesse d’un paradis numérique et la prophétie apocalyptique d’une destruction totale de l’humanité ! Les effarantes annonces d’une superintelligence en embuscade affolent le monde numérique, médiatique et politique.

Que cache tout ce battage ? Que garder de ces technologies ? Qui en sont les gardiens ? Qui les promeuvent en France en particulier ? Faut-il en limiter l’usage, voire s’en défaire ? Et peut-être bien, interroger les premiers concernés, nous autres, citoyens ? Qu’en est-il des débats technocritiques plus ou moins radicaux ? Peut-on espérer l’avènement d’une démocratie technique, chère à l’auteur ? 

CERN_Server_03(1)
Centre de données de l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN) en Suisse. © Florian Hirzinger (CC BY-SA 3.0, Wikimedia)

« […] le culte de l’invention, de la vitesse et de la rupture, où rien ni personne ne devrait entraver la modernité technologique. Cet horizon réactive l’un des ressorts historiques du fascisme : son tropisme futuriste et sa haine des médiations réputées ralentir le mouvement. »

Irénée Régnauld est essayiste, sociologue et doctorant à l’EHESS et à l’INSA Rennes (Institut National des Sciences Appliquées). Spécialiste des implications sociales du numérique, il tient depuis 2014 le blog « Mais où va le web ? » et a cofondé en 2017 l’association Le Mouton Numérique. Il a récemment publié, avec Arnaud Saint-Martin, Une histoire de la conquête spatiale. Des fusées nazies aux astrocapitalistes du New Space (2024).

Il publie à La fabrique éditions, La sommation technologique au temps des catastrophes.

“l’appel apparemment raisonnable à s’adapter à la nouvelle donne technologique se mue en sommation brutale à suivre ou disparaître.”

L’autoritarisme qui sévit depuis maintenant une vingtaine d’années en France est porté par l’innovation technologique -militaire, policière et sécuritaire- et repose sur un capitalisme débridé, sauvage et prédateur, magnifié par la StartUp Nation macroniste, qui connaît peut-être sa crise ultime. Toutefois, dans un dernier sursaut, pour se maintenir, il fait feu de tout bois et rêve d’un univers gouverné par les technologies dont ils sont maîtres (Elon Musk, Peter Thiel,..). L’auteur montre comment et par qui ce capitalisme technofasciste fait florès en France, avec un gourou, Laurent Alexandre*, proche des milieux d’extrême droite et un prof de gestion très médiatique Olivier Babeau*, le libertarien pour les basses œuvres ! La galaxie réactionnaire française a ses figures de proue tel Pierre-Edouard Stérin, le catholique intégriste, qui promeut un technofasciste à la sauce hexagonal.

“Une véritable profession de foi. Il défend une technologie orientée vers une restauration de l’ordre moral, identitaire et familial. Il illustre ainsi, dans sa version française, un peu rabougrie certes, la matrice de technofascisme étasunien.”

COUV La sommation technologique

 “Rien ne discrédite aujourd’hui plus promptement un homme que d’être soupçonné de critiquer les machines.” – Gunther Anders cité par l’auteur.

Mais qu’en est-il des courants de la technocritique en France ? L’auteur explore dans la seconde partie de ce passionnant essai les « Troubles dans la technocritique« . Des tensions très fortes secouent les différentes positions idéologiques, certaines plus radicales, -en particulier, l’opposition frontale d’ATR (Anti-Tech Résistance) aux Soulèvements de la Terre. Face à un capitalisme technosolutionniste (qui viendrait ironiquement réparer les dégâts qu’il a provoqués), les « doomers », ces techniciens de l’intérieur, montent au créneau contre les dangers de l’IA (générative, ou surpuissante) et appellent à lever le pied.

“Un récit qui se contente d’énoncer le retrait sans se donner les moyens matériels d’une substitution graduelle ne fait pas obstacle aux technofacistes : il leur abandonne l’initiative.”

Irénée Régnauld prend là position pour une ligne de crête, une voie moyenne, qui rejette l’idée de jeter le bébé avec l’eau du bain. Que doit-on garder des avancées technologiques -par exemple, dans le domaine médical- ? Est-il possible de penser une démocratie technique qui permettrait à tout un chacun.e, d’avoir voix au chapitre ?

“Plus loin des querelles entre militants, les thèmes technocritiques se sont imposés dans l’espace public : place des écrans, -déploiement de la 5G, intelligence artificielle, etc.”

« Pour une critique émancipatrice des technologies » , troisième terme de la proposition, il faut s’interroger à toutes les échelles de décision, pour un choix raisonné et raisonnable, loin des « promesses tapageuses », pour des usages utiles et durables des techniques, penser la décroissance, voire « dénumériser » ? Face à nous, un camp bien décidé à ce que cela n’advienne pas aura recours à toutes les violences pour maintenir son emprise !

Il faut donc politiser les enjeux, et se saisir de l’outil technique pour qu’il nous serve, non le contraire !

Terrain Social reprend la formule avec l’essayiste et sociologue Irénée Régnauld : “La technocritique sans lutte des classes, c’est du bricolage”.

Entretien par Hugues Chevarin

* deux portraits au vitriol, par Jules Blast !

Suivez-nous

Abonnez vous à notre newsletter

Restez en contact avec l'Onde Porteuse en recevant toutes nos actualités dans les domaines qui vous intéressent !

Inscription à la newsletter