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Front populaire : un passé présent

28 MAI 2026

Dès son accession au pouvoir, en mai 1936, le Front populaire gouverne sous la pression des mouvements syndicaux et des grandes grèves qui paralysent l’activité dès juin. La reprise en main du pays ne se fait pas sans douleur. Loin de la mythologie et des images heureuses que nous partageons tous, à quelles difficultés, Léon Blum et son gouvernement de Front populaire doivent-ils faire face ? Étaient-ils suffisamment préparés ? Quelles doléances remontent du pays en crise ?Comment la situation leur a-t-elle échappé ? Et à quelles concessions, ont-ils été contraints sur leur gauche, mais aussi à droite -le patronat et le capitalisme financier- dont le patriotisme est une vue de l’esprit ? Quels fils peut-on tirer de cette histoire, en particulier pour l’actuelle gauche désunie ?

Rassemblement-populaire-14-juillet-1936

Manifestation du Rassemblement populaire, 14 juillet 1936 -dans la tribune, de gauche à droite : Thérèse Blum, Léon Blum, Maurice Thorez, Roger Salengro, Maurice Viollette, Pierre Cot. © Base Gallica, BNF.

Faire l’histoire du Front populaire, c’est analyser ce moment, semé d’embûches et compliqué, où s’insuffle dans la chose politique une question essentielle : comment traduire, par des actes concrets, l’espoir en une humanité émancipée ?

Ludivine Bantigny est historienne, enseignante et chercheuse, membre du Laboratoire d’histoire de l’université Rouen-Normandie. Elle travaille sur l’histoire des mouvements sociaux et des engagements politiques. On lui doit de nombreuses publications parmi lesquelles : 1968, de grands soirs en petits matins (Seuil, 2018, rééd. 2020), Révolution (Anamosa, 2019), La Commune au présent (La Découverte, 2021) et L’Ensauvagement du capital (Seuil, 2022). Elle publie, une enquête enthousiasmante : La Bourse ou la vie, Le Front populaire, histoire pour aujourd’hui, toujours aux éditions La découverte.

L’enchainement des événements, qui produiront ce moment unique dans l’histoire contemporaine française, est sidérant : la montée et la prise du pouvoir des fascismes en Europe (Italie, Allemagne, puis l’Espagne), le krack boursier américain d’octobre 1929, aux répercussions désastreuses sur le vieux continent, le plongeant dans une crise économique inédite par son ampleur et ses effets destructeurs dont le capitalisme porte l’entière responsabilité. Effets délétères sur les masses laborieuses, peur panique du patronat qui vite se range sous les différentes bannières fascistes.

La France est le théâtre de la violence des mouvements conservateurs et réactionnaires, les ligueurs de février 1934, véritable tentative de renverser la République honnie !

« Le 14 juillet 1935 est diffusé et proclamé un “serment solennel”, celui de rester unis pour désarmer et dissoudre les ligues factieuses, défendre et développer les libertés démocratiques, assurer la paix pour l’humanité.”

Une conclusion s’impose : vaincre le fascisme, c’est d’abord vaincre la crise.

Un promesse, donc !

Couverture Ludivine Bantigny

Une partie de la presse, les réseaux patronaux et le Sénat ont prêté à Blum et à Auriol les desseins les plus inquiétants, […] Dans le Front populaire, ses adversaires ont cru discerner une entreprise de collectivisation rampante, l’ombre d’un socialisme doctrinaire, voire d’une révolution. Rien n’est plus faux.

C’est un politique de redressement, prudente dans ses moyens, modérée dans ses objectifs, attachée à la légalité. Blum n’entend pas substituer au capitalisme français une économie dirigée ou collectiviste”.

Toute la société française, en mai-juin 1936, attend donc au tournant le Front populaire -les ouvriers, les syndicats, le patronat et ses relais-. Tout est obtenu de haute lutte, les congés payés, la semaine de 40h et les conventions collectives ! Des déceptions – rien pour l’assurance des retraités ! De cet intermède fulgurant, les radicaux, en la personne d’Édouard Daladier, n’en feront qu’une bouchée, jusqu’au coup de grâce du Maréchal !

Dans La Bourse ou la vie, Le Front populaire, histoire pour aujourd’hui, l’historienne Ludivine Bantigny fait revivre, dans un récit haletant, la précipitation des événements et nous plonge dans les archives pour entendre les luttes, les attentes et les déceptions du pays. Ce « Front populaire » fait encore couler beaucoup d’encre, reste vivace dans la mémoire des luttes, et, avec l’auteur, nous souhaitons qu’il inspire résolument une gauche désunie !

Terrain Social, aujourd’hui, convie à un passé bien présent : le Front populaire !

Entretien par Hugues Chevarin

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