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La promesse du gouvernement de planter un milliard d’arbres.

01 JUILLET 2026 | Que valent vraiment ces plantations ?

Au lendemain des incendies de l’été 2022, Emmanuel Macron a annoncé le plan pour planter 1 milliard d’arbres d’ici à 2032. Il a pour ambition de « renouveler 10 % de la forêt française » et de « réparer la nature » . Mais 4 ans après cette annonce, entre coupe rase et forêt en monocultures résineuses, cette situation inquiète les associations écologistes. Pour nous parler de ce programme, Marie Guinard a rencontré Bruno Doucet de l’association Canopée, chargé de campagne des forêts françaises.

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Depuis 1985, la superficie des forêts progresse de plus de 20 %. Elle atteignait en 2024, 17,6 millions d’hectares, soit une couverture de 32 % du territoire métropolitain. Certes la superficie des forêts augmente, mais de quelles forêts parle-t-on ? Aujourd’hui, 74 % des arbres plantés sont des résineux. Ils sont plantés car ils sont, en général, moins coûteux que les feuillus, avec une croissance plus rapide, parfait pour l’industrie du bois.

La France abandonne progressivement les scieries qui valorisent les feuillus, pour les remplacer par des scieries à résineux toujours plus grosses, copiant le modèle des pays nordiques où les résineux poussent naturellement. En 1960, il y avait en France 15 000 scieries. Aujourd’hui, il n’en reste plus que 1 200. Toutes les petites et moyennes scieries sont en difficulté. Celles qui se portent bien sont les scieries industrielles qui travaillent surtout les résineux. À partir du moment où votre appareil de transformation du bois réclame des conifères et que le pays est composé de deux tiers de feuillus, il faut forcément planter de plus en plus de résineux en plaine, alors que ce sont des arbres qui poussent en altitude. Les forêts de sapins et d’épicéas, accompagnées de feuillus qui poussent en montagne dans leur milieu naturel ne posent pas de problèmes. En revanche, la plantation en plaine de monocultures de résineux, qui n’y poussent pas naturellement, pose de nombreux problèmes de biodiversité et de résilience de nos forêts au dérèglement climatique.

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Les arbres plantés grâce aux subventions du gouvernement voulus par le président Emmanuel Macron sont majoritairement des résineux plantés après une coupe rase. D’après un document officiel du ministère de l’Agriculture, intitulé « Mesure renouvellement forestier. Bilan France Relance 2021-2023 », indique qu’en 2023, 15 millions de plants d’arbres auraient été replantés sur 10 000 hectares de forêts qualifiées de « pauvres » par le gouvernement. Ces forêts rasées étaient en réalité « saines et bien portantes », explique l’association Canopée, qui a enquêté sur le terrain. Des coupes rases sur 6 500 hectares auraient même été réalisées en zone Natura 2000. Puis 1 500 hectares auraient été replantés exclusivement en pins Douglas. Selon un rapport du Conseil supérieur de la forêt et du bois, un organisme ministériel, les plantations après une coupe rase, représenteraient près de 80 % et remplaceraient d’anciennes forêts. Seuls 7 % des arbres plantés viendraient s’ajouter aux forêts existantes, principalement sur des terres agricoles abandonnées.

D’après la DGPE, Direction générale de la performance économique et environnementale des entreprises, 35 935 ha de forêts ont été replantés de 2021 à 2023 pour un coût de 150 millions d’euros. Ces chantiers coûteux ont été attribués en grande majorité aux coopératives forestières, des entreprises qui plaident pour l’industrialisation de la filière. La plus grande coopérative, Alliance Foret Bois, critiquée pour ses méthodes écocides, a perçu à elle seule 10 % des subventions. À l’inverse, les petits gestionnaires indépendants, qui privilégient souvent d’autres méthodes sylvicoles plus respectueuses de la nature n’ont que très peu de subventions. Ils ne représentent que 7 % des dossiers soutenus par les pouvoirs publics. Cet écart de subvention affaiblit les petits exploitants forestiers au profit des géants de la filière.

Le milliard d’arbres plantés aurait vocation non pas à aider la forêt à affronter le dérèglement climatique, comme évoqué par le gouvernement mais à adapter nos forêt aux besoins de l’industrie. Faire des coupe rases, en supposant que les arbres ne survivront pas au dérèglement climatique, n’est pas une bonne idée, explique Bruno Doucet. Il prend pour exemple la forêt de hêtres le long de la rivière Ciron dans les Landes de Gascogne en Gironde. Selon les projections climatiques, il ne devrait pas y avoir de hêtres à cet endroit-là. Il y fait trop chaud, ils ne devraient pas pouvoir survivre. Et pourtant, en ce lieu, depuis 40 mille ans, il y a une forêt de hêtres en bonne santé. Ils ont réussi à s’adapter.

Bruno Doucet

Il y a effectivement un problème : quand on dit qu’on va planter des arbres et que, dans le même temps, on va en récolter plus, il ne faut pas faire comme si planter des arbres allait régler le problème que l’on crée nous-mêmes en augmentant la récolte.

Marie Guinard

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