Maternité : terrain très politique
05 MARS 2026
Donner la vie doit-il générer du profit, au prix de toutes les violences -abandon du service public de la santé, et sa mise en concurrence, gestion en tension des flux des parturientes, comme des personnels de santé, subordonnés à des conditions d’exercice de plus en plus dures. A quelles inégalités -sociale et/ou raciale, et à quels dangers, les femmes sont-elles confrontées -mortalité infantile, suicide maternel, voire même des pratiques eugénistes- ? Médicalisation à l’excès et technicisation de l’acte participent-elles de l’explosion des violences gynéco-obstétricales ?

« […] si la maternité dépend en partie de la médecine, pour que la naissance se déroule en sécurité, elle peut y recourir sans y être subordonnée. Dès lors, il faut bien entendre que ce sont les surmédicalisations et la technicisation de la maternité, sous couvert d’un impératif d’efficacité et de rentabilité, qui participent de la « casse » de ce service public de proximité. C’est en effet non pas seulement par économie, mais aussi au nom d’un prétendu besoin technique de centralisation des locaux, matériels et personnels que l’on ferme les unités plus petites et moyennes. »
Clélia Gasquet-Blachard est géographe, maîtresse de conférences HDR à l’École des hautes études en santé publique (EHESP) et attachée au Laboratoire ESO du CNRS, Université Rennes 2. Depuis 2019, elle coordonne le réseau de santé SOLIPAM qui prend en charge les femmes enceintes en situation de grande précarité en Île-de-France.
Elle publie aux éditions La fabrique,Faire naître, ce que le capitalisme fait à la maternité.
« […] aujourd’hui saisi par le capitalisme en quête de rendement, l’argument de la sécurité fait passer au second plan, voire empêche, les formes modernes de la médecine qui ne dépossèdent pas les femmes de leur corps et de leur maternité. »
Cette mise en coupe réglée néolibérale de la maternité s’accompagne d’un discours performatif -la maternité heureuse-. A qui est-il destiné ? S’agit-il donc d’invisibiliser le négatif -insister sur la naissance, en reléguant grossesse et accouchement à l’arrière-plan.- Faire disparaître les conflictualités inhérentes à l’acte de donner ou non la vie ?
« L’assujettissement aux normes de l’idéologie dominante concerne tout autant les femmes enceintes que les professionnel.les de la santé. Il nourrit l’injonction faite aux femmes, enceintes puis mères, d’être productrices de valeur : l’enfant-projet devient alors un produit dont la valeur symbolique et sociale, croît à mesure que nous adhérons aux normes dominantes, censées garantir son « bon développement » et son efficacité future comme individu social. »
N’est-il pas temps de politiser la grossesse, de retirer des mains du marché, le processus, l’acte et les lieux de la naissance ?
Terrain Social vous invite, aujourd’hui, dans un lieu très politique : la maternité.
Entretien par Hugues Chevarin
