NGT, des OGM dans nos assiettes ?
23 AVRIL 2026
Le 21 avril, le Conseil de l’Europe a adopté le projet de la réglementation des nouveaux OGM, NGT.
Qu’est-ce que les NGT ? Quels sont les risques pour les consommateurs et l’environnement ? Seront-ils visibles sur les étiquetages ?
Pour répondre à ces questions Marie Guinard a rencontré Yves Bertheau biologiste et phytopathologiste et spécialiste des OGM à l’INRAÉ du Muséum national d’Histoire naturelle.

Les plantes obtenues à l’aide des Nouvelles Techniques Génomiques (NGT) sont génétiquement modifiées, mais les gènes qui les modifient sont prélevés dans la même espèce. Les semences obtenues par NGT sont donc bien des OGM, mais elles ne sont pas « transgéniques ».
Le 21 avril, le Conseil de l’Union Européenne a annoncé avoir adopté le texte de compromis final sur les nouvelles techniques génomiques (NGT). Si le Parlement européen donne son feu vert lors de son vote en plénière prévue normalement le 18 mai 2026, le nouveau cadre réglementaire devrait s’appliquer à partir de mi-2028.
Avec ce texte, l’Europe accepte une contamination incontrôlée des cultures et de l’environnement. Les NGT pourront donc se retrouver partout dans les filières alimentaires. Même dans celles qui souhaiteraient en rester exemptes, comme l’agriculture biologique, qui interdit la présence des NGT dans ses produits. En effet, la culture et la transformation de la majorité des plantes OGM pourront se faire sans aucune mesure de contrôle et de traçabilité.
Face aux risques de contamination des filières conventionnelles et bio, le projet Darwin est en train de mettre au point des systèmes de détection des NGT. Ce projet financé par l’Europe en 2020 est un consortium d’organismes scientifiques européens, dont l’Anses et le Cirad pour la France, auquel s’ajoute la fédération européenne de l’agriculture biologique, l’Ifoam.
L’objectif du projet Darwin est de développer des outils de détection des NGT, une tâche rendue difficile par l’absence d’obligation faite aux producteurs de OGM NGT de donner les informations nécessaires à cette détection.

La Commission Européenne n’a cessé de répéter pendant le processus législatif, que la détection des NGT était impossible pour justifier l’absence de mesures de contrôle, tout en refusant de demander aux industriels des semences biotechs des méthodes de détection de leurs produits. Heureusement, les premiers résultats du projet Darwin, montrent qu’un contrôle est possible malgré tout. Mais la démonstration arrive alors que la réglementation est pratiquement votée.
Une analyse largement partagée par les ONG européennes qui dénoncent aussi les financements tardifs du projet Darwin. Selon un agenda savamment choisi, la Commission européenne a adopté sa proposition « de règlementation » avant les premiers résultats de ce programme qui tendent à conclure que cette détection était non seulement réalisable, mais également souhaitable .
Le risque pour la biodiversité, ces systèmes de technique NGT, entraîne des brevets, donc un coup de semences nettement plus élevé que les semences conventionnelles. Donc vous allez vouloir augmenter vos surfaces de culture, vous allez faire de la monoculture, vous allez donc, comme aux Etats Unis, augmenter la quantité de pesticides. À un tel point que vous voyez apparaître une tolérance aux pesticides. Sans compter qu’on a les croisements que l’on va avoir avec des espèces sauvages dans certains cas.
Yves Bertheau
Face aux coûts supplémentaires et à la présence inévitable de NGT dans les chaînes d’approvisionnement de l’agriculture bio, l’Europe ne propose pratiquement rien. La seule réponse apportée par Bruxelles est en cas de contamination, les produits biologiques ne perdront pas leur label. Une réponse qui ignore les conséquences évidentes en matière de confiance dans la filière du bio. La bienveillance de Bruxelles, pour les producteurs des NGT, permettra l’impossibilité de remonter la chaîne de responsabilité s’il y a contamination, faute de traçabilité et d’étiquetage. Cette inversion du principe pollueur-payeur fragilise économiquement les filières non OGM, qui seront des victimes sans coupables.
Dans une lettre ouverte envoyée en février 2025, treize ONG européennes ont tiré la sonnette d’alarme : le texte de « réglementation » fait peser l’intégralité des coûts financiers, pratiques, et socioéconomiques à la filière conventionnelle (sans OGM) et l’agriculture biologique.
Marie Guinard