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Rural : aussi la question sociale ?

22 OCTOBRE 2026

La ruralité souffre d’une image biaisée et réductrice imposée par le regard urbain, médiatique et politique -en particulier les discours essentialisant de la droite extrême et de l’extrême droite ! Le monde rural serait le parent pauvre des aides publiques ! Ses territoires rejetés à la périphérie des grandes villes ? Mais comment peut-on renvoyer 90% du territoire à la périphérie ? Quels conflits sociaux agitent le monde rural ? Qu’en est-il des classes populaires rurales -ouvriers de l’agro-alimentaire par exemple-, éclipsées par les bruyantes revendications des exploitants agricoles ? Peut-on parler de similitudes avec les problématiques des quartiers urbains dits sensibles ? Peut-il y avoir des convergences de luttes ? 

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Héming (Moselle) complexe industriel EQIOM, panneau d’entrée du bourg © Havang(nl) – Wikimedia Commons (avec l’aimable suggestion de Julian Mischi).

 “Brandir l’étendard de la ruralité est une manière d’esquiver la question des classes sociales, dans le cadre d’une lutte contre des  valeurs progressistes et d’une focalisation sur les enjeux migratoires.”

Julian Mischi est sociologue, directeur de recherche à l’INRAE (l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) et membre de l’IRISSO Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales (Université de Paris Dauphine-Paris Sciences et Lettres). Il mobilise conjointement les outils de l’histoire et de la sociologie pour étudier les classes populaires et le pouvoir local dans les territoires ruraux. On lui doit notamment Le Bourg et l’Atelier (Agone, 2016) et Des élus en campagne aux Presses de Sciences Po en 2025). 

Il publie aux éditions Anamosa, dans l’excellente collection Le mot est faible, Rural !

Julian Mischi s’attache à débusquer les idées reçues, souvent portées par des discours réactionnaires et essentialisants, ou des revendications syndicales, celles en particulier de la Coordination rurale et de la FNSEA, qui saturent l’espace médiatique, invisibilisant des situations plus complexes et diverses, et reléguant les milieux populaires ruraux au silence.

Le monde rural n’est pas réductible à une image d’Épinal -la campagne des paysans durs à la tâche-. Ce monde est traversé de tensions, de conflits sociaux et politiques ! La question des territoires devient dès lors secondaire au regard des enjeux sociaux bien plus structurants.

“Dès lors, l’enjeu central n’est pas un face-à-face entre territoires, mais celui des luttes politiques internes aux mondes ruraux et des conflits autour de la définition légitime des intérêts en présence.”

La sous-représention médiatique, politique et/ou syndicale de l’immense majorité des gens qui le peuplent, masque, comme le dit fortement l’auteur : “La ruralité est avant tout ouvrière et industrielle.”

Elle est le fruit d’une histoire au long cours, héritière du XIXème industriel, mais aussi de son recul, voire de son effondrement après les années 1970. Elle a pour partie ressurgi lors de l’épisode des gilets jaunes, mouvement toujours actif en ruralité, en particulier celles et ceux qui sont en première des fins de mois difficiles (employés de l’agro-alimentaire, ouvriers agricoles, ainsi que les travailleuses du care.)

COUV Rural

Dans la récupération qui a pu en être faite par la droite extrême et l’extrême droite, opposant les difficultés matériels du quotidien aux quartiers populaires dits sensibles soi-disant sur perfusion de l’argent public, Julian Mischi met les pendules à l’heure :

“Contre le discours d’un prétendu abandon par l’État des campagnes au profit des banlieues, ce sont d’abord les classes populaires, rurales et urbaines, et non les territoires en tant que tels, qui se trouvent délaissées.”

Dès lors une convergence des luttes est possible, même souhaitable !

“[…]les classes populaires rurales et urbaines partagent des conditions d’existence proches, non seulement au travail mais aussi dans l’espace local avec des mobilités limitées, un éloignement des services publics de qualité et des assignations contraintes. Elles subissent des stigmatisations croisées, alimentant un sentiment similaire d’injustice et de relégation.”

Attention à ne pas laisser le terrain en friche car « la ruralité est également investie, comme le reste de la société, par les forces d’extrême droite, dont les composantes les plus radicales valorisent le survivalisme et l’autosuffisance. » Et donc un repli sur soi, détournant les colères de leurs véritables objectifs -lutte pour un salaire décent (un juste partage de la richesse), des conditions de travail plus humaines et des perspectives d’avenir- !

Terrain Social, avec le sociologue Julian Mischi, appelle à politiser les enjeux sociaux qui agitent le monde rural en valorisant les solidarités et les sociabilités d’une ruralité populaire et ouvrière.

Entretien par Hugues Chevarin

Ce mot Rural, « à la grande plasticité« , comme nous le fait remarquer Julian Mischi, a donc toute sa place dans l’indispensable collection Le mot est faible d’autant plus après dix années de « macronisme » qui a noyé la société française sous une intense logorrhée et a sciemment tordu le sens des mots les vidant de leur substance, et d’un emploi toujours plus violent jusqu’à l’hystérisation.

Terrain Social signale, à la suite de l’auteur, des médias en ligne faisant leurs les enjeux des luttes et des convergences sociales rurales et urbaines :

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