Santé mentale des jeunes : l’Université Clermont Auvergne mise sur la culture
06 JANVIER 2026
Depuis septembre 2025, l’Université Clermont Auvergne expérimente CultureS en Commun, un dispositif inédit destiné à aller à la rencontre des étudiant·e·s en situation de mal-être et leur proposer différentes pratiques culturelles — artistiques comme sportives — pour retisser du lien social. L’initiative n’en est encore qu’à ses débuts, mais permet déjà d’identifier plusieurs facteurs clés à l’origine de la dégradation générale de la santé mentale des jeunes.

Les ruptures affectives pour point de départ
« Dès mon arrivée, il y a trois ans, l’une des premières personnes que je rencontre est Laurent Gerbaud, directeur du pôle santé de l’université », raconte Franck-Olivier Schmitt, directeur du Service Universitaire Culture (SUC) et pilote de l’expérimentation. « Il me parle très vite de l’impact des ruptures affectives et amoureuses chez les étudiant·e·s. »
De ce constat naît, dès 2023, la première édition de La Nuit des Cœurs Brisés, une soirée imaginée par le SUC et le Service Santé Universitaire (SSU) pour libérer la parole et tenter d’enrayer les conséquences de ces séparations : stress, isolement, troubles psychiques.
Pour l’Université Clermont Auvergne, ces initiatives ne suffisent toutefois pas à répondre à l’ampleur du mal-être. Comprendre les mécanismes à l’œuvre et identifier des leviers durables devient une priorité. L’année universitaire 2025-2026 est donc celle de l’expérimentation CultureS en Commun : état des lieux approfondis des dispositifs actuels, recueil de témoignages d’étudiant·e·s isolé·e·s, création d’ateliers culturels, artistiques et sportifs sur mesure, pensés comme des espaces pour recréer du lien social. Un dispositif imaginé par le SUC, le SSU et le SUAPS (Service des Sports Universitaire).
Des facteurs multiples
En France, 55 % des 18-24 ans ont déjà été confronté·e·s à un problème de santé mentale, (Odoxa/Mutualité française, 2024) un chiffre en constante augmentation. Les premiers travaux menés dans le cadre de CultureS en Commun permettent d’esquisser plusieurs pistes d’explication qui dépassent la seule sphère personnelle. Si les ruptures affectives, la pression des études ou le départ du foyer familial constituent des facteurs de fragilité identifiés, ils ne suffisent pas à expliquer l’ampleur du phénomène.
L’angoisse qui traverse une grande partie de la jeunesse est en réalité intimement liée à l’évolution de la société, désormais forcée de composer avec un monde en crise. Montée des nouveaux fascismes, explosion de la pauvreté, pratiques numériques isolantes, manque de perspectives professionnelles, dégradation de l’environnement — autant de facteurs qui alimentent un sentiment de désenchantement généralisé, pesant sur toute une génération.
« Comment avoir de l’espoir aujourd’hui qu’on est 17, 20 ou 25 dans une société qui est écrasante ? On est dans un moment qui est très très complexe et quelque part, ce n’était pas prévu. C’est à dire que l’on a grandi avec l’idée que l’on aurait toujours une vie meilleure que la génération précédente, mais celle qui est offerte aujourd’hui, en terme de perspectives, elle est terrible. »
Franck-Olivier Schmitt, directeur du Service Universitaire Culture de l’UCA
CultureS en Commun se dessine comme une réponse concrète à une urgence silencieuse : celle de la dégradation constante de la santé mentale des jeunes, mise à mal par des bouleversements sociaux, économiques et environnementaux profonds. En misant sur la culture artistique et sportive pour créer des espaces de parole, de partage et de lien, elle rappelle que les solutions ne résident pas seulement dans l’accompagnement individuel, mais aussi dans la mobilisation collective et créative.
Violaine Rey