Trump et la géopolitique à coup de poings
23 FÉVRIER 2026
Ce début d’année 2026 a marqué un tournant fort dans la politique étrangère de Donald Trump. Le président Trump, qui se voulait comme porte-étendard de la paix au début de son mandat, semble avoir changé son fusil d’épaule. Suite à ces évènements, afin de mieux comprendre la doctrine étasunienne et son impact sur le droit international, notre journaliste Sacha Sauvagnat a invité David Martini, avocat américain et conférencier à la faculté de droit de l’UCA.

Décret 14172, qui ordonne aux agences fédérales américaines de désigner le golfe du Mexique sous le nom de « golfe d’Amérique ». ©Wikipedia
« Si la doctrine Monroe du XIXème siècle était centrée sur les États-Unis, interdisant toute ingérence européenne sur son sol et vice-versa, elle est désormais invoquée par l’administration Trump de façon complètement hypocrite » nous dit David Martini. On peut parler de doctrine « Donroe » , une politique étrangère qui conserve le côté nationaliste et anti-ingérence européenne de la doctrine Monroe, sans se priver d’intervenir dans la politique intérieure des pays européens et plus largement, de ceux du monde entier.
L’intervention militaire au Venezuela et la capture de son président Nicolas Maduro, en seulement quelques heures, est une agression envers la souveraineté de ce pays et donc une violation du droit international. Cependant même si une résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU était mise en place à l’encontre des États-Unis, il n’en serait rien puisque ces derniers disposent d’un droit de veto, comme d’autres pays ayant un siège permanent, rendant caduque toute décision du Conseil de Sécurité.

Sceau du Congrès des États-Unis ©Wikipedia

Couverture du New York Post ©Wikipedia
Normalement, une intervention militaire de cette ampleur se fait par une déclaration de guerre de la part du Congrès américain et Trump, en tant que commandant en chef des armées, aurait alors eu le droit légalement d’organiser une opération militaire. Depuis les années 1970, les États-Unis ne déclarent plus la guerre mais utilisent la War Power Resolution et l‘AUMF (Autorisation d’Utilisation des Forces Armées). Le président décide d’utiliser la War Power Resolution, prévenir le Congrès 48h après l’intervention des forces armées. Le Congrès américain décide durant 60 jours maximum de continuer ou non l’intervention militaire avec l’utilisation de l’AUMF, et une extension de 30 jours pour permettre un retrait des troupes.
Dans le cas de Maduro, rien de tout cela n’a été respecté. Le Congrès n’a voté aucune déclaration de guerre et n’a pas pu appliquer une War Power Resolution puisque l’intervention militaire a eu lieu en quelques heures seulement. Donald Trump ne s’est appuyé sur aucune base juridique pour intervenir dans la politique interne d’un pays souverain comme le Venezuela.
Si le président Trump doit être bloqué par des lois, cela se fera par le Congrès étasunien. Aller à l’encontre de la constitution américaine ou de ses lois, c’est ce qui mettra le plus en difficulté Donald Trump, plutôt que d’aller à l’encontre du droit international.
David Martini, avocat américain et maître conférencier à la faculté de droit de l’UCA
Il faut tout de même souligner qu’aujourd’hui, les institutions internationales telles que le Conseil de Sécurité de l’ONU fonctionnent dans la plupart des cas où il est nécessaire d’y faire appel. Le droit de veto dont disposent les pays ayant un siège permanent, dont les États-Unis, s’avère être un véritable frein à l’application du maintien de la paix dans le monde.
Entrevue avec Sacha Sauvagnat.